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| | | La cité antique d’Aptéra occupait un plateau, d’environ 64 ha de superficie, qui se trouve au sommet de la colline nommée de nos jours Palaiokastro (Παλαιόκαστρο), c’est-à-dire « le Vieux château », en référence au château turc édifié vers la fin du XIXe siècle dans le nord-est du plateau (n° 16 sur le plan) ; à aucune époque toute cette superficie ne fut complètement habitée. Au cours de la seconde moitié du IVe siècle avant JC le territoire de la cité fut entouré par une enceinte fortifiée d’environ 3 480 m de périmètre (n° 13 sur le plan) ; la porte principale ouverte dans l’enceinte fortifiée se trouvait à l’ouest (n° 19 sur le plan), là où le versant de la colline était le moins escarpé ; à cette porte principale aboutissait une route pavée venant de l’ouest (n° 12 sur le plan), vraisemblablement de la cité antique de Kydonia (Κυδωνία), où se trouve de nos jours la ville de La Canée. Au sud de cette porte principale, à l’extérieur de l’enceinte fortifiée, se trouvait la principale nécropole de la cité (n° 14 sur le plan). Il y avait une autre porte, située dans le coin nord-est de l’enceinte, permettant d’accéder au port d’Aptéra, le port de Kissamos, situé en contrebas à l’emplacement de la localité présente de Kalami ; cette porte ouvrait sur un sentier pavé escarpé qui descendait en zigzag vers le port (n° 18 sur le plan). Une troisième porte devait exister, dans le coin sud-est de l’enceinte, permettant d’accéder à la vallée du fleuve Pyktos (n° 22 sur le plan). Depuis la porte principale de l’ouest la route pavée continuait directement vers le centre urbain et politique de la cité, au milieu du plateau, où furent mises au jour des traces de culte datant du VIIIe siècle avant JC ; dans ce centre se trouvaient aussi un temple vraisemblablement dédié à Artémis et à son frère jumeau Apollon (n° 3 sur le plan), édifié à l’époque classique, au Ve siècle, ainsi que la Boulé, c’est-à-dire l’Hôtel de ville, et l’Ekklésia, c’est-à-dire l’Assemblée du peuple. Dans ce centre politique devait aussi se trouvait le Prytanée de la cité, dont il subsistait encore, au milieu du XIXe siècle, un « Mur aux Inscriptions », mur qui avait disparu vers la fin du XIXe siècle. La rue principale pavée continuait vers l’est, où l’on peut voir les ruines d’un autre bâtiment public datant de l’époque romaine (n° 6 sur le plan). Ces édifices publiques devaient se trouver en bordure de l’agora qui était vraisemblablement située au nord-est du temple d’Artémis, à l’emplacement du monastère Saint-Jean qui aurait été édifié, vers le XIe siècle, en remployant les matériaux des bâtiments antiques (n° 5 sur le plan) ; d’autres matériaux antiques furent remployés dans la construction du château ; c’est la raison pour laquelle les vestiges des édifices antiques sont si peu nombreux. Au nord de la rue principale se trouvaient deux thermes romains, les uns au nord du centre urbain (n° 8 sur le plan) alimentés par une grande citerne voûtée en forme d’équerre (n° 1 sur le plan), les autres au nord-est du centre urbain (n° 7 sur le plan) alimentés par une grande citerne à trois voûtes (n° 2 sur le plan). Au sud de la rue principale, une autre route pavée partait du centre politique en direction du théâtre de la cité, édifié à l’époque hellénistique, puis transformé à l’époque romaine (n° 9 sur le plan). Un peu au sud-est du théâtre se trouvait un temple dédié à Déméter et à Koré (n° 21 sur le plan). |
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| | La principale route d’accès à la cité d’Aptéra (n° 12 sur le plan) venait de l’ouest et reliait Aptéra à la cité voisine de Kydonia (Κυδωνία), située à environ à 12 km au nord-ouest en ligne droite. C’était une voie faite de larges dalles épaisses et irrégulières, d’environ 3,5 m de largeur ; cette voie fut construite au cours de la première moitié du IVe siècle avant JC, quelques décennies avant la construction de l’enceinte fortifiée de la cité. La route de l’ouest monte en forte pente jusqu’à la porte principale de l’ouest ouverte dans l’enceinte ; les ornières creusées dans les dalles par les roues des chariots sont encore bien visibles près de la porte.Une fois la Porte de l’Ouest franchie, la voie s’élargit à l’intérieur de l’enceinte en se dirigeant tout droit vers l’est en direction du centre urbain de la cité ; à mi-chemin, sur la gauche, on peut découvrir une construction moderne qui était un poste de défense anti-aérienne (FLAK) construit par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (n° 11 sur le plan). Aller au poste de la FLAK allemande avec Google Maps (35.462933, 24.138901). |
| | L’enceinte fortifiée d’Aptéra entoure toute la partie plate du sommet de la colline de Palaiokastro, située entre 200 m et 230 m d’altitude, sur un périmètre d’environ 3 480 m de longueur, renforçant le caractère de forteresse naturelle de cette position stratégique située à l’entrée de la rade de Souda (n° 13 sur le plan). Cette enceinte fut édifiée au cours de la première moitié du IVe siècle avant JC, c’est-à-dire peu avant le début de l’époque hellénistique, époque de la plus grande prospérité de la cité d’Aptéra ; cette datation est basée sur les poteries découvertes dans les tranchées d’essai creusées dans la couche de fondation du côté ouest de la muraille. On estime que, au cours de cette période, la population d’Aptéra atteignit près de 20 000 habitants, mais dont certains habitaient dans des faubourgs situés en dehors de l’enceinte, au pied de la colline.
La datation des murailles est aussi confirmée par le style de construction largement adopté en Crète à cette époque, comprenant des défenses destinées à résister aux nouveaux engins de siège. Cependant, les fortifications ne sont pas construites selon une conception architecturale unifiée : la technique de construction, la hauteur et l’épaisseur de la muraille différent, de même que la forme et l’espacement des tours, selon la situation et la vulnérabilité des emplacements, dans le but d’optimiser l’utilisation des ressources :
Sur les côtés nord et nord-est, où le versant de la colline est abrupt, la muraille est construite avec de grosses pierres polygonales de taille inégale.- Sur le côté est, où le terrain est escarpé et plus accidenté, un système polygonal mixte est utilisé, avec des pierres de taille rectangulaires entrecoupées de blocs plus irréguliers.
- Sur les côtés sud-est et sud, où les rochers constituaient des défenses naturelles, la construction de la muraille est la moins soignée, avec de simples pierres non taillées.
Sur les côtés sud-ouest et ouest, où la pente est moins abrupte et où l’enceinte peut être facilement exposée aux engins de siège, la maçonnerie est plus élaborée, avec un appareillage de type isodome imparfait avec des pierres de taille rectangulaires, équarries à la même hauteur mais de longueurs diverses, aux faces rugueuses et incurvées et des joints profonds ; ces côtés présentent également des sections de maçonnerie en appareillage isodome imparfait mais encore plus soigné, composé de pierres de taille à faces lisses. L’appareillage de maçonnerie isodome est une technique de maçonnerie utilisant des blocs de pierre naturelle où tous les blocs ont la même hauteur et la même longueur, de telle sorte que, quand on les posait, les couches étaient toutes régulières et égales, assurant l’homogénéité des murs ; dans l’appareillage isodome imparfait, les pierres d’une même couche ont la même hauteur, mais leurs longueurs peuvent différer ; dans l’appareillage pseudo-isodome, les pierres d’une même couche ont la même hauteur, mais leur hauteur peut varier d’une couche à l’autre. Le mot isodome provient du grec « ισόδομος », formé de « ισός », qui signifie « égal », et de « δόμος », qui signifie « couche » ; ce type de construction est traditionnellement nommé « opus isodomum ». Des maçonneries en pierre de taille aussi méticuleuses sont également présentes dans d’autres fortifications crétoises de l’époque, à Éleftherna (Ελεύθερνα), à Phaistos (Φαιστός), à Phalassarna (Φαλάσαρνα), à Matala (Μάταλα), à Kastri du Kératokambos (Καστρί Κερατόκαμπου) et à Viannos (Βιάννος). La maçonnerie polygonale est également présente à Hyrtakina (Ὑρτακίνα).
Selon les endroits, la muraille peut atteindre une hauteur de près de 4 m et une épaisseur de 2 m. Le plan au sol présente des saillants qui étaient très utiles pour la défense ; les points les plus vulnérables, surtout sur le côté ouest, le plus facile d’accès, étaient protégés par des tours de défense carrées à plusieurs étages où étaient placées les machines de guerre ; les vestiges de six de ces tours ont été découverts jusqu’à présent. L’enceinte était percée de portes et de poternes à intervalles réguliers. Sur le côté ouest de l’enceinte fortifiée, plus accessible, se trouvent trois portes, deux au sud-ouest et une au nord-ouest ; l’une d’entre elles est la porte principale, la plus élaborée, protégée par une tour rectangulaire à l’ouest. Une autre porte, située dans le coin nord-est de l’enceinte, avec des montants monolithiques bien conservés, est connue sous le nom de « Porte de fer », ou Sidéroporti (Σιδεροπόρτι) ; elle devait mener vers le port de Kissamos. Une troisième porte, au sud-est, devait mener vers la vallée du fleuve Pyktos. Les fortifications d’Aptéra eurent à jouer leur rôle dans la défense de la cité : de nombreux vestiges d’un siège à l’époque hellénistique ont été découverts lors des fouilles sur le côté ouest de la muraille, en particulier près de la tour de la porte principale : tir de catapulte, balles et moules de fronde, pointes de lance et de flèche ; on peut voir quelques uns de ces boulets de catapulte à l’entrée du centre d’information hébergé dans le monastère Saint-Jean. Dans son œuvre principale « Les Histoires » (Ἱστορίαι), l’historien grec du IIe siècle avant JC Polybe (Πολύϐιος) rapporte qu’Aptéra fut assiégée par la cité de Polyrrinia (Πολυρρήνια) et ses alliés, Philippe V de Macédoine et les Achéens, pendant la grande guerre de Crète en 220 avant JC (Polybe, Les Histoires, Livre ΙV, 55,4). |
| | L’entrée principale dans la cité d’Aptéra se trouvait du côté ouest de l’enceinte fortifiée, là où la pente est la moins forte (n° 19 sur le plan) ; deux autres portes, moins importantes, se trouvaient également sur la côté ouest.Cette Porte principale de l’Ouest était construite soigneusement, parce que c’était l’entrée d’honneur dans la cité, mais aussi parce qu’elle était la plus exposée à des attaques ennemies par engins de siège. La Porte de l’Ouest était protégée sur son côté ouest par une forte tour de défense et sur le côté oriental par une courtine. La tour de défense de la Porte de l’Ouest était fondée sur le socle rocheux, de plan au sol carré, soigneusement construite en appareillage pseudo-isodome de pierres taillées rectangulaires et de joints profonds, afin d’obtenir la meilleure résistance possible ; c’était à l’origine une structure élevée, bien que seule la partie inférieure subsiste aujourd’hui. Il s’agissait vraisemblablement d’une tour avec deux étages et un toit en bâtière, pourvue de meurtrières et d’ouvertures pour les machines de guerre.
La Porte de l’Ouest, sa tour de défense et la voie antique furent mises au jour tardivement, de novembre 2010 à mars 2012. De nos jours, seules les pierres inférieures des montants de la porte subsistent ; la partie de la tour mise au jour correspond à près de la moitié de la hauteur totale et conserve son remplissage en pierre. Au nord de la porte s’étend l’autre segment de la fortification, détruit par la construction de la route au début des années 1960, mais qui suit la pente vers le nord.
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| | Le principal cimetière de la cité d’Aptéra se trouvait, entre la route pavée et le pied de la muraille de l’ouest, sur la droite de la Porte de l’Ouest, sans doute pour impressionner les visiteurs par les monuments élevés aux héros de la cité et par les imposants tombeaux des riches familles (n° 14 sur le plan).Ce cimetière avait déjà été mentionné par le voyageur anglais Robert Pashley qui avait visité le site dans les années 1834 – 1835 et qui avait identifié plusieurs tombes. Une fouille archéologique plus systématique du cimetière a été menée lors de fouilles de sauvetage nécessitées par la création du quartier d’habitation de Plakalona (Πλακάλωνα) dans la communauté locale de Mégala Chorafia (Μεγάλα Χωράφια). Les tombes les plus anciennes datent de l’époque géométrique, au VIIIe siècle avant JC, époque de la fondation de la cité d’Aptéra ; à cette époque les défunts étaient généralement placés dans une grande jarre, un pithos ; le pithos était lui-même placé dans une grande fosse creusée dans la roche ; des offrandes, souvent de simples céramiques, étaient déposées dans la fosse à côté du pithos. Durant les époques suivantes, de l’époque archaïque à l’époque hellénistique, du VIIe siècle au Ier siècle avant JC, le type de tombe le plus courant était la tombe rectangulaire, creusée dans la roche tendre et recouverte d’une dalle de pierre. On a aussi découvert des tombes construites avec d’épaisses pierres pour les parois et pour le couvercle, dites tombes à ciste. Un troisième type de tombe, plus simple, a été mis au jour : il s’agissait de tuiles assemblées autour du corps du défunt, permettant de le recouvrir ; ce type de tombe était utilisé par les familles de la classe moyenne. Trois tombes de l’époque hellénistique ont donné des amphores, des pyxides, des lécythes, un miroir de bronze, un vase de verre bleu veiné de jaune, une obole de Charon en or, et enfin cinq grandes épingles en or ; cependant de nombreuses tombes avaient déjà été pillées. À l’époque romaine, le type de tombe le plus fréquent était la chambre funéraire creusée dans la roche et dans laquelle on descendait par un escalier ; l’entrée était fermée par une dalle de pierre scellée ; on y a retrouvé des poteries et des lampes à huile, ainsi que des figurines en argile, des bijoux et des pièces de monnaie ; ces chambres funéraires portaient des inscriptions, notamment les noms des défunts.
Entre deux groupes de tombes à ciste de l’époque romaine, a été mis au jour un hérôon (Ηρώο), c’est-à-dire un monument aux héros, avec cinq piédestaux de statues datant aussi de l’époque romaine, des Ier et IIe siècles après JC ; chacun de ces piédestaux de statue, partiellement conservé ou intacte, est formée de trois blocs de grès ; quatre de ces piédestaux portent des inscriptions, tandis que le cinquième, dont seule la partie inférieure subsiste, en portait vraisemblablement aussi. L’un des socles conserve l’inscription complète, tandis que les autres, qui ne sont que partiellement conservés, ne portent que le mot « héros » ou une seule lettre. Les inscriptions rendent hommage à d’éminents citoyens d’Aptéra qui avaient reçu le titre de héros à titre posthume ; il ne s’agit pas de héros tombés au combat pour défendre leur patrie, mais de citoyens à qui un titre honorifique a été conféré, peut-être pour services rendus à la ville. Entre les socles, on trouve des traces de bûchers rituels avec des offrandes ; de nombreuses grandes coupes et récipients ayant contenu des liquides ont été trouvés dans les bûchers, ainsi que des résidus de fruits brûlés. La destruction de cet hérôon fut vraisemblablement causée par l’implantation toute proche de tombes chrétiennes à l’époque byzantine, aux VIe et VIIe siècles.
À droite de l’hérôon on peut aussi voir deux mausolées construits par de riches familles d’Aptéra au Ier siècle après JC. |
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| | Dans le centre urbain de la cité antique d’Aptéra a été mis au jour un petit temple à deux cellas, ou temple bipartite (n° 3 sur le plan). Ce temple bipartite devait se trouver à la périphérie de l’agora de la cité, qui sera plus tard le forum romain, peut-être sur le côté sud. Il semble que ce petit temple se trouvait à l’intérieur d’un sanctuaire plus vaste vraisemblablement dédié à Artémis, la divinité tutélaire de la ville ; l’entrée du temple bipartite se trouvait du côté est, faisant sans doute face au temple principal. À l’est du temple à deux cellas se trouvent des vestiges de l’enceinte de ce sanctuaire principal, le péribole (περίβολος ιερών), datant du IIIe siècle ou du IIe siècle avant JC ; au sud-est du temple se trouvent les vestiges d’une stoa.Dans ce secteur se trouvait aussi le « Mur aux Inscriptions » qui faisait vraisemblablement partie d’un important bâtiment public, peut-être le Prytanée de la cité. Entre le temple bipartite et ce portique débutait une voie pavée se dirigeant vers le sud, en direction du théâtre de la cité et peut-être d’autres temples. La représentation d’ensemble de ce centre urbain antique a été altérée par son utilisation ultérieure jusqu’à l’Antiquité tardive, vers le VIIe siècle après JC, puis par la construction, au nord-est, de l’ensemble monastique de deux étages entre la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, et de ses annexes ultérieures, qui ont servi de métoque au monastère Saint-Jean le Théologien de Patmos jusqu’aux années 1960. Une étude plus approfondie de cette partie de la cité antique, sur les côtés nord, sud et sud-ouest du temple à deux cellas, pourrait bien révéler de nouvelles informations sur sa forme et sa relation avec les bâtiments qui l’entouraient. Les deux cellas du temple bipartite devaient être dédiées à Artémis (Ἄρτεμις) et à son frère jumeau Apollon (Ἀπόλλων). Artémis est considérée comme la divinité tutélaire d’Aptéra ; elle est représentée à l’avers de deux types différents de statères d’argent datant des IVe et IIIe siècles avant JC. Selon une inscription du IIIe-IIe siècle avant JC découverte à Aptéra, certaines courses avaient lieu durant le mois de Diktynnaios, mois dédié à Diktynna (Δίκτυννα ou Δίκταιννα), ancien nom d’Artémis lié à son culte en Crète.
La construction du temple bipartite semble dater de l’époque classique, à la fin du Ve siècle avant JC ou au début du IVe siècle avant JC ; ce temple aurait été édifié à l’emplacement d’un lieu de culte plus ancien datant au moins de l’époque géométrique, au VIIIe siècle avant JC. Le temple à deux cellas fut mis au jour en 1942 par l’archéologue allemand Heinrich Drerup (1908 - 1995), avec la collaboration de l’éphore de Crète occidentale Vassilios Théophanidès (Βασίλειος Θεοφανίδης) ; Drerup ne put publier les résultats de ses fouilles qu’en 1951 : « Zweizelliges Heiligtum in Aptara, Forschungen auf Kreta 1942, Berlin 1951 ». Les archéologues allemands fouillèrent aussi l’enceinte du sanctuaire, le théâtre romain, le temple de Dionysos et les citernes romaines. Les fouilles menées par les archéologues allemands ne livrèrent que de rares poteries et des parties de la superstructure, le bâtiment ayant été utilisé comme lieu de sépulture à l’époque byzantine.
Les vestiges des murs du temple bipartite ne sont conservés que sur une faible hauteur. Le temple a une largeur extérieure de 6,32 m et une longueur de 3,96 m ; chacune des deux cellas intérieures mesure 2,26 m de largeur et 3 m de longueur. L’édifice est bâti soigneusement, avec des blocs de calcaire taillés de dimensions uniformes, reliés, dans le sens de la longueur, par des mortaises en fer en forme de double hache, en assemblage à queue d’aronde, et, dans le sens de la hauteur, par des chevilles en fer. Devant le temple, à l’est, se trouve un petit autel simple formé de dalles rectangulaires dont la surface a été blanchie par le feu. Le sanctuaire à deux cellas d’Aptéra appartient à une catégorie d’une grande importance pour le développement de l’architecture des temples de la Grèce antique, dont les origines remontent à l’époque archaïque ou peut-être même à une époque antérieure ; on trouve des temples bipartites similaires dans toute la Grèce, mais le seul autre exemple crétois est le temple d’Arès (Άρης) et d’Aphrodite (Αφροδίτη) de Lénika (Λενικά), situé à Ellinika (Ελληνικά), près d’Élounda, mais qui est plus grand et plus tardif ; ce temple de Lénika fut l’objet d’une lutte permanente entre la cité antique d’Olous, la présente Élounda, et la cité antique de Lato, située près du village présent de Kritsa. |
| | Entre 1862 et 1864 l’École française d’Athènes mena des fouilles sur le site d’Aptère ; en 1862, l’archéologue français Carle Wescher (1832 - 1904) mit au jour un « Mur aux Inscriptions », c’est-à-dire un mur portant des inscriptions grecques de la fin du IIIe siècle avant JC au milieu du IIe siècle avant JC ; en 1864, Wescher reprit les fouilles et découvrit d’autres inscriptions dont l’une mentionnait le nom d’Aptère ; cette découverte confirma la conjecture de Robert Pasley que les ruines de la colline de Paliokastro (Παλιόκαστρο) étaient celles de la cité d’Aptère. En septembre 1878, un autre archéologue français, Bernard Haussoulier (1852 - 1926), visita le site, copia, étudia et publia les inscriptions qui fournissent encore aujourd’hui de précieuses informations sur l’histoire de la ville. En 1899, lorsque les voyageurs italiens Luigi Savignoni et Gaetano De Sanctis visitèrent les ruines de la cité pour répertorier systématiquement les antiquités de Crète, ce « Mur aux Inscriptions » avait disparu sans laisser de traces ; il a donc a été détruit, ou ses matériaux dérobés, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle.D’après les descriptions faites par Haussoulier en 1879, le « Mur aux Inscriptions » était constitué de six blocs de tuf calcaire, tous les blocs ayant une longueur d’environ 1 m, une hauteur d’environ 35 cm et une épaisseur d’environ 60 cm ; ces blocs et de nombreux autres blocs non gravés faisaient partie d’un mur d’environ 15 m de longueur et 2,5 m de hauteur ; ce mur devait se situer près de l’ancien petit temple bipartite et était lié au temple central, vraisemblablement dédié à Artémis. Ce mur faisait sans doute partie d’un important édifice public, peut-être le Prytanée selon Wescher ; les décrets de proxénie (προξενία) de la Boulé (Βουλή), c’est-à-dire le conseil de la cité d’Aptère, et de l’Ecclésia du Démos (Εκκλησία του Δήμου), c’est-à-dire l’assemblée des citoyens d’Aptère, étaient gravés sur ce mur. Cette « inscription sur le mur » (επιγραφή στον τοίχο) comportait une résolution de la Boulé honorant Attale Ier (Άτταλος Α΄), roi de Pergame, pour sa bienveillance envers la Confédération crétoise en général et Aptère en particulier ; le texte stipulait que la ville érigerait une statue en bronze représentant Attale, debout ou à cheval selon son souhait, et garantirait au roi sa sécurité personnelle, en temps de paix comme en temps de guerre, aussi bien dans la cité d’Aptère que dans ses ports. L’inscription nommait aussi des consuls, ou proxènes, dans les cités avec lesquelles Aptère entretenait des relations politiques. |
| | Au sud-est du temple bipartite a aussi été mis au jour ce qui paraît être le stylobate d’une stoa orientée est - ouest, c’est-à-dire le soubassement de la colonnade d’un portique, faisant aussi partie du sanctuaire (Στωικό κτίριο) (n° 4 sur le plan). |
| | À la limite orientale de la zone clôturée du site archéologique (n° 6 sur le plan), on trouve les ruines du mur ouest d’un bâtiment à trois voûtes, ruines conservées sur une hauteur de plusieurs mètres. Ce bâtiment pourrait avoir été un bâtiment publique de l’époque romaine ; il a été suggéré qu’il s’agissait du Bouleutérion (βουλευτήριον), c’est-à-dire du bâtiment où se réunissait la Boulé de l’Aptéra romaine ; cependant, aucune preuve de cette identification, une inscription par exemple, n’ait été trouvée. Des tranchées d’essai à l’intérieur du bâtiment ont révélé que ce bâtiment était fondé sur une structure plus ancienne.Au sud de ce bâtiment romain à niches et absides, un sondage a mis au jour des maisons du début de la première époque byzantine, où étaient remployées de nombreuses pièces d’architecture antique, par exemple un linteau de porte. |
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| | Le plateau escarpé sur lequel s’est établie la cité d’Aptéra ne possède aucune source d’eau naturelle ; les sources les plus proches, à Stylos et à Kalami, se trouvent au moins 150 m en contrebas du plateau et aucune trace d’aqueduc n’a été trouvée dans les environs : la seule possibilité pour la cité était de recueillir les eaux de pluie dans les citernes des maisons. La prospérité de l’époque gréco-romaine entraîna une augmentation de la population et des besoins accrus en eau qui nécessitèrent la construction, dès l’époque hellénistique, de deux citernes remarquables par leur taille impressionnante, leur capacité, leur construction et leur conservation ; ces deux citernes différaient dans leur forme architecturale ; elles constituent les monuments les plus grands et les plus imposants d’Aptéra. Les deux citernes avaient une capacité totale d’environ 6 000 m³.Il est vraisemblable que ces citernes recueillait l’eau de pluie par des orifices aménagés dans leur toit fait de voûtes en briques, car ces toits se trouvent au même niveau que le sol de nombreux bâtiments publics environnants. Cependant l’eau était également collectée par un réseau de citernes plus petites, situées à divers endroits de la cité, reliées aux deux grandes citernes par des conduites de surface ; le voyageur anglais Robert Pashley, vers 1835, et l’archéologue français Georges Perrot, vers 1867, décrivent des conduites en terre cuite enterrées aboutissant aux citernes, ainsi qu’un petit aqueduc de 80 cm de largeur et de hauteur. Ces citernes avaient pour fonction première d’alimenter les grands complexes de bains situés plus bas sur la pente nord, tout en répondant, avec les citernes domestiques, aux besoins accrus en eau de la ville. L’interdépendance des deux citernes et des deux complexes de bains indique qu’ils ont été conçus conjointement, afin d’assurer l’approvisionnement des bains en grandes quantités d’eau nécessaires à leur fonctionnement quotidien. Les dimensions des citernes et des bains suggèrent une importante population de la ville, une prospérité et un niveau de vie élevé. On trouve des citernes similaires à celles d’Aptéra près du sanctuaire de Diktynna (Δικτυνναίο Ιερό), située près du cap de Spatha (ακρωτήριο Σπάθα) à la pointe de la presqu’île de Rodopos, à environ 45 km à l’ouest d’Aptéra. Des bains de date similaire à ceux d’Aptéra se trouvent à Gortyne, à Éleftherna, à Myrtos, à Makrygialos et à Koufonissi. |
| | | La citerne en forme d’équerre, ou de lettre gamma (Γ), est le premier monument que l’on remarque en entrant sur le site archéologique d’Aptéra ; elle se trouve immédiatement sur la gauche après le guichet de la billetterie, à l’ouest du centre urbain (n° 1 sur le plan). La citerne en équerre est construite sur la pente nord du plateau d’Aptéra ; la citerne est partiellement creusée dans la roche dans sa partie sud, la partie nord de la citerne étant entièrement hors sol. Les murs de la citerne étaient construits en « opus caementicium », dénommé « béton romain », une méthode de construction très répandue à partir du milieu du IIe siècle, bien que cette citerne ait été construite un siècle plus tôt ; ces murs étaient renforcés à l’intérieur par une maçonnerie de briques et de plâtre et étaient rendus étanches par un enduit de mortier hydraulique imperméable.
Les murs sont soutenus à l’extérieur par de robustes contreforts en pierres afin de résister à la pression de l’eau et de soutenir la toiture de la citerne ; le toit de la citerne était une voûte faite de briques de terre cuite ; cette voûte se serait effondrée dès l’Antiquité, sans doute au IVe siècle après JC par le tremblement de terre de l’an 365.
La conduite d’adduction de l’eau potable n’était pas située au niveau du plancher de la citerne mais un peu plus haut, afin que les impuretés présentes dans l’eau se déposent au fond de la citerne et n’atteignent pas la conduite d’eau potable. Une échelle permettait de descendre dans la citerne pour effectuer son inspection et son entretien, notamment l’enlèvement des boues ; lors des travaux de nettoyage et de consolidation, un puits de sédimentation et un tuyau de sortie fermé au diamètre étroit, avec ce qui pourrait être un système de nettoyage, ont été identifiés. La citerne en forme de gamma mesure environ 50 m dans sa grande longueur et 29 m dans sa petite longueur, la barre horizontale du gamma, avec une largeur de 9 m ; on estime que sa capacité était d’environ 3 000 m³ d’eau, soit une hauteur d’eau d’environ 4 m.
Une petite citerne rectangulaire, datant de l’époque hellénistique, se trouvait entre la citerne en forme d’équerre et les thermes du nord.
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| | Les bains romains du nord, désignés comme thermes romains II (Ρωμαϊκό βαλανείο II) sur le plan du site d’Aptéra (n° 8 sur le plan), se trouvaient à environ 130 m au nord du centre urbain de la cité. Ces bains étaient alimentés en eau par la grande citerne en forme d’équerre, située environ 5 m en contrehaut des bains. Les thermes du nord n’ont pas encore été fouillés de manière approfondie, cependant les fouilles archéologiques ont révélé que ces thermes comprenaient huit salles voûtées ; elles ont notamment mis au jour l’hypocauste d’une salle, une salle voûtée, un praefurnium, des conduits de cheminée et d’autres éléments. La salle voûtée présentait une maçonnerie impressionnante et un sol en galets ; elle comprenait une abside et deux bains, dont l’un conserve intacts ses panneaux de marbre ; les planchers ne comportaient pas de revêtement en mosaïque.
Les murs des thermes du nord sont mieux conservés que ceux des thermes de l’est. Les destructions importantes causées aux bains par un fort tremblement de terre, vers 365 après JC, sont clairement visibles ; d’après les informations dont on dispose, certaines des salles ont été grossièrement modifiées et réutilisées, après la destruction du bâtiment. | _small.jpg) |
| | La citerne à trois nefs voûtées se trouve à une centaine de mètres au nord-est du centre urbain de la cité d’Aptéra (n° 2 sur le plan). Cette citerne est divisée en trois compartiments séparés par deux arcades de quatre arcs en plein cintre appuyés sur de robustes piliers ; chaque compartiment est couvert d’une voûte en berceau. Comme pour la citerne en équerre, la partie sud de la citerne à trois nefs est creusée dans la roche de la pente nord du plateau. Les murs de la citerne étaient construits en « opus caementicium », couverts à l’intérieur d’une couche de briques et enduits d’un mortier hydraulique imperméable qui subsiste en grande partie de nos jours ; la toiture de la citerne était faite initialement de trois voûtes en briques qui se sont effondrées lors du grand tremblement de terre du IVe siècle après JC.L’intérieur de la citerne à trois nefs voûtées mesure environ 17 m de largeur et 25 m de longueur ; sa capacité est estimée à environ 2 900 m³ d’eau, ce qui correspondrait à près de 7 m de hauteur d’eau. Cette citerne était alimentée par les eaux de pluie recueillies sur la toiture et par des conduites d’eau provenant de plus petites citernes situées à divers endroits de la cité. La citerne à trois nefs alimentait principalement les thermes romains de l’est, situés quelque 5 m en contrebas, à environ 40 m au nord de la citerne. La citerne fut abandonnée après le IVe siècle ; elle trouva une nouvelle utilisation quand le métoque du monastère Saint-Jean fut édifié au XVIe siècle. Les moines reconstruisirent les voûtes de la toiture avec des pierres grossièrement taillées ; l’escalier, qui permettait de descendre dans la citerne depuis la toiture pour entretenir la citerne, fut démoli et une ouverture fut pratiquée dans le mur nord de la nef orientale en élargissant l’orifice de vidange qui permettait d’évacuer les boues accumulées sur le plancher de la citerne ; c’est cette ouverture qui permet, de nos jours, de visiter cette citerne. La citerne à trois nefs devint une sorte d’entrepôt pour les productions agricoles du monastère médiéval.
Dans ses « Souvenirs de Voyage », publiés en 1867, l’archéologue Georges Perrot décrit ainsi la citerne à trois nefs : « Aptera, située sur un plateau d’un accès difficile, qui porte maintenant le nom de Paleokastro, dominait la baie de La Sude, sur laquelle elle avait son port, Kissamos. Une partie de son enceinte subsiste encore, construite ici en blocs polygonaux, là en belles assises régulières qui rappellent les murs de Messène ; mais ce qu’Altéra nous a laissé de plus curieux, ce sont ses nombreuses et vastes citernes voûtées : l’une surtout, qui a trois rangs d’arcades, paraît vraiment belle après même que l’on a vu les immenses citernes de Constantinople. Celle-ci a 25 mètres de long sur 12 de large. Plusieurs des tuyaux en terre cuite qui amenaient l’eau dans ce grand réservoir sont encore en place. Le corps de la maçonnerie est en brique, mais les voûtes sont en pierre de taille soigneusement appareillée. Intérieurement, les murs de la citerne sont revêtus d’une sorte de stuc ou d’enduit très dur qui a persisté presque partout. » | _small.jpg) |
| | Les bains romains de l’est se trouvaient à environ 140 m au nord-est du centre urbain d’Aptéra (n° 7 sur le plan) ; ils sont aussi désignés sur le plan du site archéologique comme « thermes romains I » (Ρωμαϊκό βαλανείο I) ; « βαλανείο », mot du genre neutre, est un terme plus savant que « λουτρό, nom neutre, au pluriel λουτρά, en grec ancien λουτρόν » pour désigner un bain, dans le sens de lieu où l’on prend un bain.Les bains romains de l’est était alimentés en eau par la citerne à trois nefs voûtées, construite à peu près à la même époque où de nombreux bâtiments publics furent édifiés. Les fouilles archéologiques des thermes I sont plus avancées que celles des thermes II, même si les murs des thermes I sont moins bien conservés que ceux des thermes II. En raison des multiples couches de réutilisation du site après l’époque romaine, et également du fait que leurs fouilles ne sont pas encore terminées, le plan au sol des thermes I reste confus, mais cependant plus clair que celui des thermes II, ce qui permet d’émettre plus d’hypothèses fiables quant à leur aménagement intérieur. Les thermes de l’est peuvent être divisés, presque certainement, en deux parties : le côté oriental, composé de trois salles avec hypocaustes (A, B et E), et le côté ouest, composé de deux salles avec des bains (H, I), d’une salle absidale voûtée (IΔ), d’un couloir (K) et de trois salles au nord qui n’ont pas été entièrement fouillées (IA, IB et IΓ). Les deux zones sont divisées par trois couloirs (ΣΤ et ΙΕ, ΚΓ), où se trouvaient probablement des salles auxiliaires et des praefurnia, c’est-à-dire les fours utilisés pour chauffer les hypocaustes. Au sud des couloirs se trouve une petite salle voûtée (KA) qui n’a pas encore été fouillée ; on peut cependant supposer qu’elle fait partie de la zone chaude, comme les trois autres salles, car les cavités dans la maçonnerie de moellons pour les tuyaux de chauffage mural (tubuli ou tegulae mammatae) sont visibles, de même que le conduit de cheminée. Au nord du couloir se trouve une salle presque carrée avec un sol en galets (Δ), revêtu de marbre par endroits ; son utilisation est inconnue mais, selon les fouilleurs, il ne s’agissait pas d’une salle chauffée ; elle communique avec la salle A par une double porte afin de minimiser les pertes de chaleur. Cette salle Δ avait un toit à une seule pente recouvert de tuiles, comme le montrent les tuiles de la couche de destruction et la trace d’appui de ce toit contre le mur de la salle A. Cette salle Δ servait peut-être d’antichambre. La salle de bains chauds A a été entièrement fouillée ; l’intérieur mesure 4,5 m par 5 m, sans les niches ; le système de chauffage par hypocauste a été mis au jour, le plancher en marbre surélevé, reposant sur de petits piliers de briques.
Une partie d’un linteau gravé, provenant vraisemblablement de l’entrée principale des bains reliés à la citerne à trois nefs, porte le nom d’un Athénien, probablement le bienfaiteur qui a financé la construction de ces thermes : « Οὐάρειος Λούκιος Λαμπάδις Ἀθ [ην]α[ῖο]ς το βαλ[α]νεῖον [ἐπο]ίε[ι] ». « Ouareios Loukios Lampadis (Varius Lucius Lampadis) l’Athénien a construit les bains ». Le mot grec ancien « βαλανεῖον » est un synonyme de « λουτρόν », signifiant zone de bain. L’inscription est datée de la seconde moitié du Ier siècle ou du début du IIe siècle après JC. L’utilisation des bains I cessa après le fort tremblement de terre de 365 après JC ; les destructions importantes causées aux bains de l’est par ce tremblement de terre sont clairement visibles. Après cette destruction certaines salles des bains de l’est furent grossièrement modifiées et occupées par des ateliers de poterie qui restèrent en usage jusqu’au VIIe siècle après JC. | |
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| | Le monastère Saint-Jean le Théologien (Άγιος Ιωάννης ο Θεολόγος) se trouve à l’intérieur du périmètre du site archéologique d’Aptéra, mais il n’en fait pas partie à proprement parler ; le monastère est situé au milieu même du site, vraisemblablement à l’emplacement de l’agora de la cité antique (n° 5 sur le plan).Le monastère Saint-Jean aurait été fondé au XIIe siècle comme métoque du monastère de Saint-Jean le Théologien de Patmos fondé au XIe siècle ; un métoque (μετοχή), ou métochion (μετόχιον), est une sorte de succursale d’un monastère situé hors de la juridiction locale ; le métoque peut être considéré comme une métairie qui reverse une partie de sa production agricole au monastère propriétaire. Le « Racconto », la chronique crétoise publiée en 1644 par Antonio Trivan ou Trivisan, un notaire public vénitien du duché de Candie, indique la fondation du métoque en date de l’année 1182 ; cette chronique rapporte que le futur empereur byzantin Isaac Comnène (Ισαάκιος Κομνηνός) (vers 1113 - 1154) à son départ de Crète, légua des biens et des fiefs de Crète au monastère Saint-Jean le Théologien de Patmos qui fonda le métoque crétois quelques années plus tard. Selon des voyageurs il y avait, dans le passé, des fragments de mosaïques aux abords de l’église du monastère, ce qui suggère qu’à cet emplacement se trouvait une basilique paléochrétienne avant la construction du monastère. La construction du monastère nécessita l’utilisation de matériaux provenant des édifices antiques situés à proximité, autour de l’agora antique. Au XVIe siècle, la partie orientale de la cité antique fortifiée fut abandonnée ; dans le reste de la zone fortifiée, les moines cultivaient des légumineuses et des céréales, dont les revenus étaient reversés au monastère de Patmos. Ces cultures causèrent d’importants dégâts aux bâtiments antiques, et de nombreuses découvertes archéologiques furent emportées à l’étranger.
Le monastère Saint-Jean subit vraisemblablement des dommages lors de la conquête ottomane de la Crète, car, en 1772, l’archéologue anglais Richard Pococke rapporta que, lors de son passage, il avait aperçu un monastère en ruines au cœur de la cité antique. Cependant, quand le voyageur britannique Robert Pashley visita le site en 1833, le monastère était habité et ce sont les moines qui montrèrent à Pashley des pièces de monnaie trouvées dans le sol autour du monastère, ce qui lui permit d’établir le lien entre ces ruines et la cité antique d’Aptéra. Les moines étaient propriétaires des oliveraies entourant le bâtiment, mais elles avaient été abandonnées depuis le début des conflits liés à la guerre d’indépendance grecque de 1821.
Le métoque du monastère Saint-Jean resta en activité jusqu’en 1964, toujours comme dépendance du monastère de Patmos qui, lui, est toujours en activité. De nos jours, depuis l’abandon du monastère, l’ancien catholicon et le bâtiment monastique à deux planchers, sont bien conservés ; une des salles du rez-de-chaussée abrite une exposition très complète sur l’histoire, l’architecture et les fouilles archéologiques menées sur le site d’Aptéra. À côté de l’entrée on peut voir un tas de boulets de pierre qui seraient des boulets lancés par les catapultes lors du siège d’Aptéra à l’époque hellénistique. | _small.jpg) |
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| | La voie pavée conduisant vers le sud, depuis le centre urbain jusqu’au théâtre, passe le long du côté oriental d’une longue construction (n° 24 sur le plan).La fonction exacte de cette construction demeure incertaine, mais les archéologues pensent qu’il s’agissait d’un théâtre à gradins rectilignes (ευθύγραμμο θέατρο) ; ce théâtre rectiligne aurait été érigé à l’époque hellénistique, mais un peu après le théâtre principal, dans la première moitié du IIIe siècle avant JC, d’après les détails de sa construction et les poteries découvertes dans ses fondations. Le théâtre rectiligne est construit contre l’arrière du théâtre en forme de fer à cheval et pourrait avoir été destiné initialement à servir de mur de soutènement pour le théatron (θέατρον), la cavea du théâtre romain, du théâtre en fer à cheval ; les gradins auraient été ajoutés postérieurement. La forme architecturale du théâtre ressemble à celle des espaces théâtraux minoens utilisés pour les cérémonies religieuses et les événements sportifs dans les palais de Phaistos et de Cnossos ; sa forme rectiligne le place dans une catégorie distincte de monuments. Le théâtre rectiligne semble avoir joué un rôle clé dans la société locale, un rôle que n’auraient pas pu remplir un théâtre ou un stade. La plupart des monuments de ce type les plus connus sont appelés « théâtres cultuels » parce qu’ils sont associés à des sanctuaires dédiés à des divinités chtoniennes : dieux du monde souterrain ou de la Terre elle-même. L’espace était utilisé pour les événements religieux et les cérémonies rituelles du sanctuaire correspondant, tandis que quelques rares monuments sont associés à des fonctions civiques. Les gradins du théâtre rectiligne font face au nord-ouest. Les dimensions des marches et les distances qui les séparent, ainsi que la présence d’escaliers, suggèrent la présence d’une tribune pour assister à des événements : on pense que, selon les besoins de la ville, le théâtre rectiligne d’Aptéra aurait été utilisé pour des cérémonies cultuelles, des événements sportifs ou même des rassemblements politiques se déroulant sur l’esplanade. Le théâtre mesure 50 m de longueur, avec quatre rangées de sièges et les fondations de deux autres, alors qu’il y avait à l’origine de 11 à 13 rangées de sièges pouvant accueillir de 600 à 720 spectateurs. Quatre escaliers divisent le théâtre rectiligne en quatre sections à peu près égales. Les sièges centraux présentent des entailles sculptées indiquant qu’ils étaient destinés à des personnages importants. |
| | Le théâtre antique d’Aptéra est fréquemment nommé « théâtre romain » mais il fut d’abord un théâtre grec édifié à l’époque hellénistique, au IIIe siècle avant JC. Comme dans toutes les cités grecques ou romaines le théâtre jouait, avec l’agora puis le forum, un rôle important sur les plans politique, religieux et social de la cité ; le théâtre constituait un des monuments les plus impressionnants d’Aptéra. Le théâtre d’Aptéra (Θέατρο της Απτέρας) était situé à environ 150 m au sud du centre urbain de la cité (n° 9 sur le plan) ; on y accédait par une voie pavée qui aboutissait à la parodos orientale (πάροδος), c’est-à-dire l’entrée latérale orientale du théâtre ; cette voie pavée contournait par l’est la petite colline sur laquelle était adossé le théâtre ; la voie, rectiligne et horizontale, de 1,6 m de largeur, a été mise au jour avec un très bon état de conservation du pavage sur 55 m, entre le coin oriental du théâtre rectiligne et la parodos orientale du théâtre. Après le théâtre, la voie devait bifurquer en direction de la Porte du sud-est, située à environ 200 m, en passant par le temple de Dionysos.
On pouvait aussi accéder au théâtre par un large escalier, dont une partie subsiste, menant à la partie supérieure des gradins ; la parodos occidentale conduisait vers la villa au péristyle.
Le théâtre a été construit dans une dépression naturelle, un creux naturel situé sur le flanc sud d’un petite colline haute de quelques mètres ; les gradins étaient adossés à la colline et orientés plein sud, offrant une vue imprenable, au sud-ouest, sur les Monts-Blancs. D’après les fouilles archéologiques, la construction initiale du théâtre d’Aptéra date de l’époque hellénistique, au début IIIe siècle avant JC ; cela a notamment été établi par la découverte d’un chapiteau de style dorique de l’époque de l’alliance d’Aptéra avec Pergame à la fin du IIIe siècle avant JC ; ce chapiteau dorique fut découvert dans le koilon du théâtre par l’archéologue allemand Heinrich Drerup en 1942 ; ce chapiteau a, de nos jours, été perdu. Il reste, de ce bâtiment initial, le mur de soutènement du côté sud de la scène, la plupart des murs des parodoi, le mur de soutènement autour du koilon et la sous-structure des sièges. Durant l’époque romaine, le théâtre subit une transformation radicale afin d’adapter le monument aux besoins accrus et à l’évolution des pratiques du spectacle de l’époque. Lors de la reconstruction, au cours de la seconde moitié du Ier siècle après JC, la cavea fut agrandie et acquit sa forme définitive, la scène fut remplacée et le plancher de l’orchestre fut abaissé. Au cours d’un remaniement ultérieur, à une date difficile à préciser, le bâtiment de la scène fut modifié à des fins fonctionnelles et des réparations mineures furent effectuées pendant que le théâtre continuait d’être utilisé ; la partie inférieure de la cavea fut remodelée au moins une fois, la phase finale étant la forme visible de nos jours.
Le théâtre fut vraisemblablement gravement endommagé par le fort tremblement de terre survenu au large de la Crète en 365 après JC ; les fouilles archéologiques ont mis au jour, sur le sol des parodoi, de grands blocs de pierre des murs latéraux qui s’étaient effondrés ; ces murs latéraux servaient murs de soutènement du koilon (αναλημματικός τοίχος). Au fil des siècles suivants, le théâtre fut abandonné et la majeure partie de l’édifice fut recouverte de terre. Le théâtre paraît avoir été oublié jusqu’au XIXe siècle où il servit de carrière de pierre, et il semble que, durant la période d’activité du monastère, les gradins supérieurs aient été détruits lors du nivellement du terrain pour la culture et comblés avec des remblais de terre et d’amas de pierres. Le voyageur anglais Robert Pashley visita le site dans les années 1834 – 1835 ; dans son ouvrage publié en 1837 « Travels in Crete », Pashley observe que le théâtre semblait avoir perdu les deux tiers de sa taille d’origine. En 1893 l’archéologue italien Lucio Mariani (1865 – 1924) participa à une mission d’étude sur différents sites archéologiques de Crète ; il ne fit que mentionner brièvement le théâtre dans son ouvrage de 1896, « Antichità cretesi » ; en 1901 l’archéologue italien Luigi Savignoni (1864 – 1918) décrivit le théâtre comme un amas informe de ruines, dont seuls quelques vestiges étaient visibles. Au début du XXe siècle, un four à chaux fut construit au centre de la cavea ; des sièges en calcaire des gradins, les couloirs (diazomata) et d’autres éléments architecturaux du théâtre furent calcinés pour produire de la chaux vive utilisée dans la construction de bâtiments ; après cette opération seul le substrat étagé de la maçonnerie en moellons des gradins était apparent dans la majeure partie de la cavea.
En août 1942, durant l’occupation allemande de la Crète, Heinrich Drerup fut chargé de cartographier la zone de l’antique Aptéra et de reporter les vestiges encore visibles sur une carte ; la carte ainsi réalisée fut ensuite comparée à des photographies aériennes grecques et allemandes. Drerup décrivit le théâtre comme une dépression recouverte de pierre, avec une allée circulaire visible à mi-hauteur, des vestiges de gradins et une paraskénie (espace scénique) en pente douce vers la scène. Après la Seconde Guerre mondiale, le théâtre fut encore davantage dépouillé, ses pierres ayant été réutilisées pour la construction du port de Souda. D’après les témoignages des villageois, au cours des dernières décennies, après la guerre, seule la cavea avait été mise au jour grâce à une initiative locale visant à réutiliser le théâtre. Des fouilles archéologiques systématiques du théâtre ont été menées à partir de juillet 2008 et en 2009, sous la direction de l’archéologue grecque Vanna Niniou-Kindeli (Βάννα Νινιού - Κινδελή). La majeure partie du théâtre fut dégagée grâce à un travail intensif et particulièrement ardu, avec des résultats remarquables, malgré les destructions subies. La mise au jour du théâtre fut suivie par une phase de conservation et de restauration qui s’étendit d’août 2012 à novembre 2015. Le projet comprenait : la restauration de l’orchestre ; la reconstruction d’une partie de la cavea avec l’installation de nouveaux sièges en pierre naturelle là où les sièges d’origine avaient été détruits ; la restauration d’une partie des fragiles fondations en briques d’argile des sièges d’origine subsistant ; la remise en place à leur emplacement d’origine des blocs de pierre des parodoi qui s’étaient effondrés ; la restauration du bâtiment de la scène et de l’avant-scène. Le 12 décembre 2015, le théâtre antique d’Aptéra fut rouvert au public avec une représentation théâtrale. Le monument restauré présente, comme le théâtre d’origine, une forme un peu plus allongée qu’un demi-cercle, comme un fer à cheval, avec un diamètre de 55 m pour le koilon, la cavea romaine, et de 18 m pour l’orchestre, ou parterre. L’édifice était construit en calcaire marneux local, le poros (πῶρος / πώρος / póros), le même matériau que celui utilisé pour la plupart des monuments de la cité antique.
Le koilon (κοῖλον / κοίλον / koílon), c’est-à-dire le « creux », ou la cavea romaine, présentait un diamètre de 54,68 m ; le koilon était divisé en quatre secteurs (κερκίδα, nom féminin, au pluriel κερκίδες), les « cunei » romains, par cinq escaliers radiaux ; l’escalier central mesurait 70 cm de largeur, tandis que les quatre autres mesuraient 50 cm.
Un diazoma séparait le koilon en une partie supérieure et une partie inférieure ; un autre diazoma devait se trouver en haut des gradins. Un diazoma (διάζωμα, nom neutre, au pluriel διαζώματα), le praecinctio des théâtres romains, était un large déambulatoire, une sorte de couloir semi-circulaire qui facilitait l’accès aux sièges (εδώλιο, nom neutre, au pluriel εδώλια). Au nord-est du koilon, une entrée a été mise au jour, ainsi que les cinq premières marches d’un escalier intérieur datant de la phase romaine de construction, menant au diazoma ; cette entrée menait vraisemblablement au large escalier à cinq marches situé sur la voie pavée qui reliait le centre urbain à l’entrée orientale du théâtre. À l’ouest du koilon, une entrée similaire permettait vraisemblablement d’accéder au diazoma intérieur par un escalier ou une rampe extérieure. À ses extrémités, le koilon était soutenu par deux robustes murs de soutènement en pierre. Le théâtre d’origine était certainement bien plus imposant que ce que l’on peut voir de nos jours. Le koilon comportait au moins vingt-six rangées de sièges, car il s’étendait plus au nord ; les gradins supérieurs ont été détruits lors du nivellement du terrain pour la culture et par le fonctionnement du chaufour ; seuls treize gradins subsistent ou ont été reconstitués, en tout ou en partie. La partie inférieure des gradins révèle cependant la géométrie de cette partie du monument. La hauteur des sièges variait de 37 cm à 39 cm ; les assises, larges de 34 cm, étaient inclinées de 3° vers l’avant pour permettre l’écoulement des eaux de pluie ; derrière les sièges se trouvaient des repose-pieds de 29 cm de largeur et de 1,5 cm à 2 cm de profondeur ; un espace de 15 cm de largeur permettait d’accéder à la marche suivante. La première rangée, la présidence (προεδρία, nom féminin, au pluriel προεδρίες), était réservée aux spectateurs de haut rang.
Un canal d’évacuation des eaux pluviales est conservé dans ces rangées inférieures ; un égout semi-circulaire pour les eaux pluviales, de 52 cm de profondeur et de 61 cm de largeur, recouvert de dalles de calcaire, est intégré à la limite inférieure du koilon, à l’endroit où il rejoint l’orchestre. Les entrées du théâtre étaient situées sur les côté oriental et occidental du théâtre ; ces entrées à ciel ouvert mesuraient environ 20 m de longueur et menaient à l’orchestre ; elles étaient utilisées comme entrée des artistes, acteurs, danseurs et choristes, mais aussi comme entrée des spectateurs, notamment pour les personnalités de haut rang. Ces entrées étaient nommées parodoi pour les théâtres grecs ; le mot parodos (πάροδος, nom féminin, au pluriel πάροδοι) est formé de la préposition « para » (παρα), « à côté », et du nom « odos » (οδός), « chemin, rue ou route », et signifie quelque chose comme « le chemin sur le côté ».
Les parodoi étaient bordés, du côté du koilon, par les murs de soutènement des gradins (αναλημματικός τοίχος) construits en grands blocs de pierre, semblables à ceux que l’on trouve dans les fortifications hellénistiques de la cité antique ; dans le cas du théâtre d’Aptéra, ces murs étaient dépourvus de contreforts (αντηρίδα, nom féminin, au pluriel αντηρίδες), ce qui explique peut-être que, lors du tremblement de terre de l’an 365, ces murs se sont en grande partie écroulés ; la plupart des domoi (δόμοι), rangées de pierre constituant les murs de soutènement, ont été conservées, soit in situ, soit effondrées sur le sol des parodoi par le tremblement de terre. Ces vestiges ont permis de reconstituer une grande partie de la hauteur des murs de soutènement.
Sous le dallage des parodoi se trouvaient des canaux d’évacuation qui collectaient toutes les eaux pluviales tombées sur les gradins et sur l’orchestre.
À l’époque hellénistique, l’orchestre était le lieu même où se déroulaient les actes de la pièce ; à l’époque romaine, l’orchestre, ou parterre, était la zone où se produisaient les danseurs et les choristes. L’orchestre était situé entre le koilon et la scène, et avait la forme d’un demi-disque un peu allongé en forme de fer à cheval. Le sol de l’orchestre était constitué de terre compactée ; d’un rayon d’environ 5,45 m, l’orchestre du théâtre d’Aptéra était l’un des plus petits que l’on puisse trouver dans un théâtre antique. Le mot « orchestre » (ὀρχήστρα / ορχήστρα / orchístra) provient du verbe « ὀρχέομαι », « danser », suivi du suffixe « -τρον », « ce qui sert à … ». Au centre de l’orchestre, et du koilon, se trouvait un petit autel dédié aux sacrifices à Dionysos (Διόνυσος), le thymélé (θυμέλη), élément essentiel des théâtres classiques et hellénistiques. La pierre circulaire centrale, qui servait de base au thymélé, est conservée au centre de l’orchestre. Les vestiges de la scène que l’on peut voir de nos jours sont ceux de la scène de l’époque romaine (scaena), qui était beaucoup plus imposante que la scène de l’époque hellénistique (σκηνή, nom féminin, au pluriel σκηνές) ; cependant, la scène romaine a remployé des éléments architecturaux de la scène hellénistique. À l’époque romaine, c’est sur la scène que la pièce de théâtre était jouée, combinée à des actes dans la zone de l’orchestre.. De la scène, il ne reste de nos jours que les fondations de l’époque romaine.
Le bâtiment de scène était composé de plusieurs éléments : les coulisses, situées sur les deux côtés de la scène ; l’avant-scène, située entre la scène et l’orchestre ; la scène à proprement parler ; l’arrière-scène.
- Les coulisses se trouvaient à gauche et à droite de l’avant-scène ; elles servaient aux acteurs à entrer en scène et servaient aussi de loges pour les acteurs et de remise pour les accessoires de représentation. Les coulisses étaient nommées « paraskénia » (παρασκήνιο, nom neutre, au pluriel παρασκήνια), de la préposition « παρα- », « à coté de … » et du nom « σκηνή », « scène » ; dans les théâtres romains les coulisses étaient nommées parascenia (parascenium, au pluriel parascenia).
Lors de la construction de la scène romaine, les coulisses, dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui, furent bâties sur les coulisses hellénistiques, situées à l’est et à l’ouest, et étaient plus légèrement plus grandes que celles-ci ; ces salles mesuraient 4,40 m par 4,10 m et comportaient chacune trois portes : une à l’est, une à l’ouest et une au sud ; des fragments de leurs piliers de pierre et des traces de leurs appuis ont été conservés. On observe également des restes de sol en mortier de chaux ; à l’instar du sol de la scène, les planchers des coulisses étaient vraisemblablement en bois. l’avant-scène marquait la limite entre la scène et l’orchestre, et reliait la scène à l’orchestre par deux petits escaliers, permettant ainsi aux acteurs de descendre et de monter selon les besoins du drame. L’avant-scène du théâtre hellénistique était nommé « proskénio » (προσκήνιο, nom neutre, au pluriel προσκήνια), proscenium pour le théâtre romain. L’avant-scène du théâtre romain d’Aptéra était particulièrement soignée, avec des moulures en relief. Le mur de l’avant-scène donnant sur l’orchestre était constitué d’une maçonnerie de moellons liée au mortier de chaux, revêtue de dalles de calcaire verticales reposant sur une plate-forme basse ; les bords supérieur et inférieur des dalles étaient respectivement formés de pierres convexes et concaves. Trois niches étaient intégrées à la façade du mur de scène : une niche semi-circulaire au centre et une niche rectangulaire de chaque côté. À chaque extrémité du mur, vers les coulisses, se trouvaient deux escaliers monolithiques étroits menant au plancher de scène en bois (pulpitum).
Deux murs transversaux en moellons reliaient le mur de l’avant-scène aux façades de la salle de spectacle et divisaient le long espace sous la scène (hyposcaenium) en trois sections ; les murs de ces sections n’étaient pas enduits, car ils étaient recouverts par le plancher en bois de la scène. L’avant-scène et les murs transversaux représentent une phase ultérieure de la façade de scène (scaenae frons) et leur construction diffère. Les fondations du devant de scène étaient constituées d’une série de grands blocs de pierre présentant une niche d’environ 21 cm de largeur, qui soutenaient vraisemblablement les poutres de la scène en bois. Au-dessus, les vestiges du devant de scène, large de 70 cm, et des ailes latérales adjacentes sont conservés jusqu’à une hauteur d’environ 60 cm ; ils sont composés de grandes pierres de taille et de plus petites pierres brutes, liées par un mortier de chaux résistant (opus testaceum), avec un parement de briques dans la partie supérieure. Leur analyse a révélé que le mortier utilisé est de composition identique à celui utilisé pour la pose des sièges de la salle ; cela suggère que le devant de scène et la salle ont été construits ou reconstruits à la même époque. Des éléments architecturaux du décor du devant de scène ont été découverts dans l’hyposkénion (ou hyposcaenium), l’espace situé sous la scène ; il s’agit de corniches et d’un linteau, provenant probablement de la porte centrale (valva regia), puisqu’il a été retrouvé juste devant celle-ci. On a également retrouvé les bases, qui appartenaient vraisemblablement aux colonnes reposant sur les saillies de la façade et faisant partie intégrante de sa composition. l’arrière-scène, sur le côté sud du théâtre, marquait la limite du théâtre derrière la scène. L’arrière-scène était dénommée, à l’époque romaine, postscaenium. Sur toute la longueur de l’arrière-scène, un solide mur de soutènement, d’une conception similaire à celle des remparts de la ville et des murs de soutènement des entrées, les parodoi ; ce mur repose sur le socle rocheux et se trouve à 3,35 m en arrière du mur de façade de l’avant-scène. Ce mur de l’arrière-scène date de la première phase de construction, à l’époque hellénistique.
Le théâtre antique d’Aptéra figure sur la liste indicative de la Grèce pour le patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2014. |
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