| Le monastère patriarcal d’Agia Triada est l’un des complexes monastiques les plus importants datant de la fin de la domination vénitienne de la Crète ; il a joué un rôle majeur dans l’histoire et l’éducation de l’île. À l’emplacement du monastère de la Sainte-Trinité, au lieu-dit Tzompomylos (Τζομπόμυλος), existait auparavant un petit monastère, dédié aux Saints Apôtres, fondé par le moine Joachim Sofianos (Ιωακείμ Σοφιανός) ; après la mort de ce moine, le monastère tomba en déshérence. En 1611, les autorités ecclésiastiques confièrent au moine Jérémie Zangaroli (Ιερεμίας Τζαγκαρόλί) la tâche de reconstruire ce monastère ; Jérémie Zangaroli était un hiéromoine, c’est-à-dire un moine ordonné prêtre, du monastère Sainte-Dominique (Μονή Αγίας Κυριακής) situé à Varypétro (Βαρύπετρο), près de Thérissos (Θέρισο), à environ 6,5 km au sud-sud-ouest de La Canée ; le monastère d’Agia Kyriali était un métoque du monastère Chryssopygi (Μονή Χρυσοπηγής) (« la Source d'Or »), situé à environ 3 km au sud de La Canée. Geremia Zangaroli était issu d’une grande famille créto-vénitienne convertie à la foi orthodoxe, mais influente auprès de tous les chrétiens de la province, tant orthodoxes que catholiques ; le patronyme « Zangaroli » serait une variante du nom « Giancarolo » (« Jean Charles »). Jérémie Zangaroli était un érudit, féru de culture grecque et latine, et avait été un ami proche de Mélèce Pigas (Μελέτιος Πηγάς) (1550 – 1601), patriarche d’Alexandrie, originaire de Candie ; il possédait des connaissances en architecture et décida d’édifier sur le site un complexe monastique plus vaste, dont il dessina lui-même les plans ; le moine s’inspira, pour la conception et la construction du monastère, des travaux de l’architecte bolonais Sebastiano Serlio. Jérémie Zangaroli mena activement la construction du monastère ; seulement deux ans après le début des travaux, en 1613, la cave à vin était achevée, comme l’indique la date gravée sur le linteau de l’entrée de cette cave. Après la mort de Geremia Zangaroli, survenue en 1634, son frère, également moine, Laurentio (Λαυρέντιος Τζαγκαρόλί), poursuivit les travaux de construction du monastère. C’est pour cette raison que le monastère est couramment nommé « Monastère de la Sainte-Trinité des Zangaroli » (Μονή Αγίας Τριάδας των Τζαγκαρόλων / Moní Agías Triádas ton Tzankarólon), parfois translittéré « Jagarolon », « Tzagarolon », « Tsangarolon » … On rencontre aussi la graphie « Agia Triado » (Μονή Αγίας Τριάδος). En 1645, la chute de La Canée aux mains des Ottomans entraîna l’arrêt du chantier, alors parvenu à la base du grand dôme du catholicon. Durant l’occupation turque, le monastère, surnommé « Selvili Manastir » (« le Monastère aux Cyprès »), traversa des périodes difficiles, comme en témoignent les documents et les récits de voyageurs de l’époque, mais prospéra cependant. Lors du soulèvement crétois de 1821, les moines durent abandonner le monastère sans avoir pu dissimuler les précieux objets du patrimoine ; ces trésors furent pillés par les Turcs, ou brûlèrent lorsque le bâtiment fut incendié ; selon des témoignages oculaires, la chaleur dégagée par les flammes à l’intérieur de l’église était si intense que les chandeliers en bronze fondirent comme de la cire. Neuf ans après le soulèvement de 1821, en 1833, les Ottomans autorisèrent les moines Kalliopios (Καλλιόπιος) et Grigorios (Γρηγόριοv) à restaurer le monastère et à achever le catholicon du monastère avec la construction des trois dômes. Au cours du XIXe siècle, le monastère d’Agia Triada acquit d’importants domaines et posséda de nombreux métoques, certains aussi éloignés qu’à Smyrne, en Anatolie. Le monastère abrita une école de théologie dans l’aile orientale du bâtiment. En 1864 le campanile fut construit au milieu de l’aile occidentale, au-dessus du porche d’entrée. À partir de 1892, l’école de théologie de l’aile orientale du monastère devint un séminaire qui fonctionna jusqu’en 1905. Après l’occupation de la Crète par les Allemands, en juin 1941, la Wehrmacht installa dans l'école du monastère une école d’artillerie antiaérienne en 1942, puis y cantonna entre 150 et 200 soldats en 1944. De nos jours le monastère de la Sainte-Trinité continue de jouer un rôle important dans la vie religieuse et économique de la Crète. L’afflux de visiteurs et les soins attentifs apportés par la communauté monastique, en collaboration avec les services locaux chargés des antiquités byzantines et post-byzantines, font de ce monastère l’un des monuments les plus emblématiques de la province. Le monastère possède le statut de monastère stavropégiaque, ce qui signifie qu’il est placé sous l’autorité directe du Patriarcat œcuménique de Constantinople. |